Le monopole du sport à la télé : une réalité ?

Pour un amateur de sport à la télévision, suivre le maximum de compétitions devient de plus en plus compliqué. Pour obtenir satisfaction, il lui faut bien souvent jongler entre les différentes chaînes et abonnements…quand la compétition qu’il souhaite regarder est effectivement diffusée ! Nous allons expliquer les origines de cette difficulté. Nous nous interrogerons également au sujet de la concurrence entre les chaînes de télévision ainsi que sur le manque d’exposition à la TV de certains sports.

 

L’explosion de l’offre disponible à la TV

Il est indéniable de constater que le volume horaire des émissions sportives a explosé ces dernières années. La première cause de cette montée en puissance tient à l’apparition de nouvelles chaînes de télévision dans le paysage audiovisuel français. Ainsi on comptabilisait 7 chaînes diffusant des compétitions sportives (dont 4 accessibles gratuitement) en 1995. Ce chiffre a fortement grimpé pour arriver, en 2017, à 37 chaînes (dont 12 gratuites). Cette envolée du nombre de chaîne « sportives » a donc permis de multiplier par 4 le volume horaire entre 2000 et 2016.

Pour autant, la très nette augmentation de ce volume horaire n’engendre pas plus de facilité pour le spectateur pour suivre l’ensemble des compétitions. En effet, il faut savoir que plus de 95 % de ce volume est diffusé par des chaînes TV nécessitant un abonnement à l’image des dernières nées que sont BeIN (apparue 2012) ou SFR Sport. Il faut cependant reconnaître que les chaînes payantes sont les seules à se consacrer totalement (ou presque) au domaine sportif. Ce n’est évidemment pas le cas des chaînes généralistes ou semi-généralistes.

 

La forte concurrence autour des droits de diffusion

La création de nouvelles chaînes de TV (et donc l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché) a considérablement renforcé la concurrence. Les récentes batailles concernant l’acquisition des droits de diffusion du football incarnent parfaitement ce durcissement du marché. De très nombreuses chaînes se déchirent pour obtenir le droit de diffuser les matches de football. La concurrence tire donc le marché vers le haut. Ainsi, pour le football toujours, la valeur du marché de ces droits était de 510 millions d’euros en 2010. Elle a été valorisée en 2016 à 1,45 milliard d’euros. D’autres fédérations sportives, telles celle du rugby, tentent de profiter de cette explosion des droits concernant le football pour obtenir une revalorisation du montant versé par les chaînes.

Les droits TV permettent aux chaînes de contribuer financièrement au développement d’une activité sportive, notamment en lui offrant une fenêtre d’exposition large. En retour, elles misent sur une augmentation de leurs audiences et donc de leurs rentrées publicitaires.

 

Un système qui exclut de nombreux sports

Malheureusement, ce système des droits de diffusion n’est pas profitable à toutes les compétitions. En effet, vous ne serez pas surpris d’apprendre que le football à lui seul occupe une part importante du volume horaires des émissions sportives. Ce constat est d’autant plus flagrant si l’on se concentre uniquement sur les chaînes gratuites. Ainsi, le football occupait 17,1% du volume horaire total en 2016. Si l’on observe plus attentivement les chiffres, on s’aperçoit également que les 10 sports les plus diffusés en 2016 ont occupé pas moins de 85 % du volume horaire total. Cela laisse donc peu d’espace d’exposition pour les sports les moins diffusés. En effet, comment les chaînes de télévision pourraient elles rentabiliser l’acquisition des droits télé d’une compétition sportive qui ne lui garantirait pas une audience convenable ? Et, à contrario, comment rendre une activité sportive, à l’attraction actuelle limitée, plus populaire si elle n’est pas diffusée à la télévision ?

Bref, vous l’aurez déjà sans doute compris, ce système n’est intéressant que pour les compétitions sportives les plus populaires. Pour autant, il convient de mettre en avant certaines fédérations qui n’hésitent pas à adapter les règles afin de se conformer aux exigences des chaînes de télévision et ainsi augmenter leurs chances de diffusion. Citons par exemple, le volley-ball qui a modifié le système de comptage des points afin de réduire la durée potentielle des matches.